Imaginez la scène. Il est 10 heures du matin, le soleil inonde déjà les pavés de calcaire blanc, et vous êtes assis en terrasse avec un café et un pastel de nata encore tiède. Pas de réunion Zoom, pas de grisaille persistante, juste le bruit lointain du tramway 28. On ne va pas se mentir, c’est souvent cette image d’Epinal qui déclenche le déclic, n’est-ce pas ?
Chez Vivre à Lisbonne, nous avons vu passer des centaines de retraités français, belges et suisses qui ont sauté le pas. Mais soyons honnêtes deux minutes : s’installer au Portugal, ce n’est pas juste des vacances prolongées. C’est un projet de vie qui demande de la préparation, surtout quand l’administration s’en mêle.
Dans cet article, nous allons décortiquer ensemble tout ce qu’il faut savoir pour prendre sa retraite au Portugal. Des avantages indéniables aux casse-têtes administratifs (oui, il y en a), en passant par la fameuse question fiscale qui a tant fait couler d’encre. Attachez votre ceinture, on décolle vers le sud.
Pourquoi le Portugal ? Au-delà de la carte postale
Si le Portugal a été élu plusieurs fois « meilleure destination pour la retraite » par divers classements internationaux (comme International Living), ce n’est pas un hasard. C’est un cocktail savamment dosé.
1. Une qualité de vie incomparable
C’est notre avis, et on le partage : le rythme de vie ici est un antidote au stress. Les Portugais cultivent un art de vivre basé sur la famille, la nourriture et le temps long.
- Le climat : Avec plus de 300 jours de soleil par an en Algarve et à Lisbonne, c’est comme si le pays vous offrait une luminothérapie gratuite permanente. Fini les rhumatismes qui se réveillent en novembre !
- La sécurité : C’est un point crucial. Le Portugal se classe régulièrement dans le top 10 du Global Peace Index (classé 7ème pays le plus sûr au monde en 2023). Ici, l’agression verbale ou physique est rare. Vous pouvez rentrer tard le soir à Lisbonne ou Porto sans regarder par-dessus votre épaule. C’est une tranquillité d’esprit qui n’a pas de prix.
2. Le coût de la vie : Le vrai du faux
On entend souvent dire que « tout est deux fois moins cher ». C’était vrai il y a dix ans. Aujourd’hui, il faut nuancer. Si l’immobilier à Lisbonne a flambé (nous y reviendrons), le reste du panier reste très attractif.
Voici un petit comparatif pour vous donner une idée concrète :
| Poste de dépense | France / Belgique | Portugal (Moyenne) | Commentaire de l’expert |
| Café en terrasse | 2,00 € – 3,00 € | 0,70 € – 1,00 € | Le bonheur à petit prix. |
| Restaurant (midi) | 15 € – 20 € | 8 € – 12 € | Le « Prato do dia » est imbattable. |
| Courses alimentaires | Base 100 | Base 75 | Le poisson et les fruits sont très accessibles. |
| Énergie / Gaz | Élevé | Très élevé | Attention : L’électricité est chère et les maisons souvent mal isolées. |
Notre conseil : Ne calibrez pas votre budget sur les prix de 2015. Prévoyez une marge, l’inflation a aussi touché la péninsule ibérique.
La Fiscalité : La fin de l’Eldorado ?
C’est le sujet qui fâche, ou qui inquiète. Pendant des années, le statut RNH (Résident Non Habituel) était le Graal : 0% d’impôts sur les pensions privées étrangères, puis 10% après la réforme de 2020.
Mais comme toutes les bonnes choses, les règles du jeu ont changé. Le gouvernement portugais a mis fin au régime RNH classique pour les nouveaux arrivants depuis le 1er janvier 2024.
Alors, est-ce toujours intéressant ?
La réponse est : Oui, mais différemment.
Si vous n’avez pas pu bénéficier du régime de transition (qui s’appliquait sous conditions strictes aux dossiers initiés fin 2023), vous tomberez probablement sous le régime fiscal général.
Cependant, il existe encore des mécanismes d’optimisation et, surtout, il n’y a pas d’impôt sur la succession entre ascendants et descendants au Portugal. Pour transmettre votre patrimoine, c’est un atout colossal comparé à la France.
Notre avis d’expert : Ne venez pas au Portugal uniquement pour les impôts. Les règles fiscales changent, mais le soleil et la gentillesse des locaux restent. Si votre seule motivation est fiscale, vous risquez d’être déçu. Si votre motivation est la qualité de vie, la fiscalité (même standard) restera supportable grâce au coût de la vie inférieur.
Les Démarches Administratives : Le parcours du combattant (zen)
L’administration portugaise est… une expérience en soi. Imaginez essayer de plier un drap-housse tout seul : c’est faisable, mais c’est frustrant et on ne sait jamais par quel bout commencer. Heureusement, nous sommes là pour baliser le terrain.
Voici la « Holy Trinity » des documents à obtenir, dans l’ordre :
1. Le NIF (Numéro d’Identification Fiscale)
C’est la clé de voûte. Sans lui, vous n’existez pas. Vous ne pouvez pas louer un appartement, ouvrir une ligne internet ou acheter une voiture.
- Comment l’obtenir ? Auprès de l’Autoridade Tributária e Aduaneira (Finanças). Si vous n’êtes pas encore résident, vous aurez besoin d’un représentant fiscal local.
2. Le Compte Bancaire
Une fois le NIF en poche, direction la banque. Le système bancaire portugais (Multibanco) est incroyablement performant. Vous pouvez payer vos impôts, votre électricité et même vos péages d’autoroute directement au distributeur.
- Documents : Passeport, NIF, justificatif de domicile (même étranger pour commencer) et preuve de revenus (pension).
3. Le CRUE (Certificat de Résidence)
En tant que citoyen de l’UE, vous avez le droit de vivre ici. Mais après 3 mois, vous devez officialiser votre présence.
- Où ? À la mairie (Câmara Municipal) de votre lieu de résidence.
- Le coût ? Une quinzaine d’euros. C’est symbolique, mais obligatoire.
La Santé : Faut-il avoir peur de tomber malade ?
C’est souvent l’angoisse numéro 1 des retraités. Rassurez-vous. Le Portugal dispose d’un système public, le SNS (Serviço Nacional de Saúde), qui est globalement compétent, mais souvent saturé (temps d’attente longs).
La stratégie gagnante :
Nous vous recommandons vivement de souscrire une assurance santé privée (ou une complémentaire type CFE pour les Français).
Pourquoi ? Parce que le secteur privé au Portugal est excellent. Des hôpitaux comme le CUF ou l’Hôpital de la Luz à Lisbonne ressemblent plus à des hôtels 5 étoiles qu’à des cliniques. On y parle souvent français ou anglais, et les rendez-vous s’obtiennent en 48h.
Comptez entre 60 € et 150 € par mois par personne selon l’âge et les couvertures pour une bonne mutuelle locale.
Où poser ses valises ? Le match des régions
Le Portugal est petit, mais incroyablement varié. Choisir sa ville, c’est choisir son mode de vie.
- Lisbonne et sa région (Cascais, Sintra) :Pour ceux qui veulent la culture, les musées, les aéroports internationaux et une communauté francophone active.
- Le bémol : Les prix de l’immobilier sont devenus parisiens dans le centre.
- L’Algarve (Le Sud) :Le paradis des golfeurs et des amoureux de la plage. La vie y est très douce, très tournée vers l’international.
- Le bémol : C’est très saisonnier. L’hiver, certaines stations balnéaires sont un peu « mortes ».
- Le Centre et le Nord (Silver Coast, Porto) :L’authenticité brute. Des prix immobiliers beaucoup plus bas, une nature verdoyante et des gens au grand cœur.
- Le bémol : L’hiver est plus humide et plus frais (on sort les pulls !).
Les défis de l’intégration : Ce qu’on ne vous dit pas
Tout n’est pas rose (ou vert et rouge). Il y a un éléphant dans la pièce dont il faut parler : la barrière de la langue.
Le portugais est une langue latine, certes, mais elle est traître. La prononciation, fermée et nasale, peut dérouter. Si à Lisbonne l’anglais et le « franglais » passent partout, dans l’arrière-pays, c’est une autre histoire.
Notre conseil d’amis : Apprenez quelques mots. Dire « Bom dia » (bonjour), « Obrigado » (merci) ou « Uma bica, se faz favor » (un café, s’il vous plait) change totalement le regard de vos interlocuteurs. Les Portugais sont profondément gentils, mais ils apprécient l’effort. Ne restez pas enfermés dans une bulle de francophones. L’intégration, c’est la clé d’une retraite heureuse.
Conclusion : Prêts pour le grand saut ?
Prendre sa retraite au Portugal est une aventure magnifique. C’est l’occasion de réinventer votre quotidien, de vivre dehors, de manger sainement et de profiter d’une sécurité apaisante.
Oui, les loyers ont augmenté. Oui, l’administration peut rendre fou. Mais quand vous regarderez le coucher de soleil sur le Tage ou l’Atlantique, un verre de Vinho Verde à la main, vous saurez pourquoi vous avez fait toutes ces démarches.
Vous avez un projet ? Vous hésitez encore sur la région ? N’hésitez pas à parcourir le reste du blog « Vivre à Lisbonne », nous sommes là pour ça.
Até já ! (À bientôt !)

