Bienvenue sur Vivre à Lisbonne ! Aujourd’hui, nous vous emmenons, ou plutôt nous vous « traînons », dans l’une des artères les plus authentiques, les plus raides et les plus fascinantes de notre capitale adorée.
Si vous pensiez connaître Lisbonne parce que vous avez fait la queue pour le tram 28 ou mangé un pastel de nata à Belém, détrompez-vous. La véritable Lisbonne, celle qui transpire, celle qui raconte des histoires vieilles de plusieurs siècles, se trouve souvent là où les mollets souffrent le plus. Bienvenue sur la Calçada de Santana.
Dans cet article, nous allons décortiquer cette rue mythique, de son histoire royale à ses pavés glissants, pour que vous puissiez l’explorer comme un vrai Lisboète.
Pourquoi s’intéresser à cette rue ?
Vous vous demandez peut-être, pourquoi dédier un article entier à une seule rue ? C’est une question légitime. La Calçada de Santana n’est pas seulement une voie de passage, c’est une colonne vertébrale. Elle relie la agitation populaire de la place Martim Moniz et du quartier de l’Intendente, en bas, à la noblesse tranquille de la colline de Santana et du Campo dos Mártires da Pátria, en haut.
C’est un véritable mille-feuille historique. En la parcourant, vous traversez littéralement les époques, passant de l’architecture pombaline du 18ème siècle à des vestiges bien plus anciens. C’est, à notre humble avis, l’un des meilleurs endroits pour sentir le pouls de la ville sans le filtre « carte postale » parfois trop parfait des quartiers touristiques.
Un peu d’histoire (Promis, ce sera court)
Il est impossible de comprendre cette calçada (chaussée pavée) sans jeter un œil dans le rétroviseur. Imaginez-la non pas comme une simple rue, mais comme l’autoroute VIP du 16ème siècle.
La route des Rois
Avant que l’Avenue de la Liberté ne vienne tracer sa ligne droite et moderne, la Calçada de Santana était, croyez-le ou non, la voie d’entrée principale pour ceux qui venaient du nord du pays. Les monarques, les commerçants et les voyageurs empruntaient ce chemin sinueux pour entrer dans le cœur de Lisbonne. C’était l’artère vitale, le tapis rouge (bien que fait de pierres grises) de la royauté.
Le fantôme de Camões
Si les murs pouvaient parler, ils réciteraient des poèmes. C’est ici, dans ce quartier, que Luís de Camões, le plus grand poète du Portugal (l’équivalent de notre Victor Hugo ou de Shakespeare pour les Anglophones), a passé les dernières années de sa vie. Il est décédé en 1580, dans une maison située sur cette colline, probablement très près de l’actuelle Calçada.
Le saviez-vous ? La légende raconte que Camões est mort dans la misère la plus totale, dépendant de la charité, alors que son épopée Les Lusiades allait devenir l’œuvre fondatrice de la langue portugaise. Une plaque commémorative se trouve d’ailleurs non loin, marquant l’emplacement présumé de sa dernière demeure.
Un quartier de contrastes
Au fil des siècles, la zone a oscillé entre la grandeur des palais aristocratiques (comme le Palais Bemposta non loin) et la vie populaire des classes ouvrières. Aujourd’hui, c’est ce mélange qui donne à la Calçada de Santana son charme unique : du linge qui sèche aux fenêtres d’immeubles centenaires, juste à côté de rénovations luxueuses.
À quoi s’attendre : L’ambiance et le décor
Alors, à quoi ressemble une promenade ici ? Fermez les yeux et imaginez une pente. Une pente raide. Très raide.
Le défi physique
On ne va pas vous mentir, monter la Calçada de Santana, c’est du sport. C’est un test cardio grandeur nature. Mais c’est aussi une expérience sensorielle. Les pavés, polis par des millions de pas au fil des siècles, brillent comme du marbre au soleil (et deviennent, comme nous le verrons plus tard, une patinoire sous la pluie).
L’architecture typique
Ce que nous aimons particulièrement ici, c’est l’authenticité des façades. Vous verrez :
- Des Azulejos anciens, parfois abîmés, mais d’une beauté brute.
- Des balcons en fer forgé où les habitants discutent d’une fenêtre à l’autre.
- Des portes en bois massif qui semblent avoir résisté au tremblement de terre de 1755.
C’est un musée à ciel ouvert, sans file d’attente et sans ticket d’entrée. C’est Lisbonne dans son jus, sans maquillage.
Conseils Pratiques pour survivre à la Calçada
C’est ici que notre rôle de guide prend tout son sens. Nous avons vu trop de touristes en difficulté pour ne pas vous avertir. Voici nos commandements pour dompter la bête.
1. Le choix des chaussures est non-négociable
Oubliez les talons. Oubliez les tongs. Oubliez même les chaussures de ville à semelle lisse. La calçada portuguesa (le pavage portugais) est magnifique, mais sur une pente pareille, c’est du savon solide.
- Notre conseil : Optez pour des baskets avec une bonne adhérence ou des chaussures de randonnée urbaine. Vos chevilles nous remercieront.
2. Le sens de la visite
Si vous voulez profiter de la vue sans arriver en haut rouge écarlate et en nage, nous avons une astuce de locaux : faites-la en descendant.
Commencez votre balade au Campo dos Mártires da Pátria (accessible en bus ou taxi/Uber), profitez du jardin, puis descendez tranquillement la Calçada de Santana vers Martim Moniz. Vous aurez la vue plongeante sur la ville et le Tage au loin, sans l’effort surhumain.
3. Attention à la pluie
S’il pleut, ou s’il a plu récemment, soyez extrêmement prudents. Les pierres calcaires deviennent, littéralement, aussi glissantes que de la glace. Si le temps est humide, nous vous conseillons de passer par les trottoirs latéraux s’ils sont bétonnés, ou de marcher très lentement.
Les Incontournables le long du chemin
En parcourant la Calçada (que ce soit en montant ou en descendant), ouvrez l’œil. Voici ce que vous ne devez pas manquer.
L’Igreja da Pena
Située à proximité, cette église baroque est un joyau souvent ignoré. Son intérieur, richement décoré de dorures (talha dourada), contraste avec la simplicité de la rue extérieure. C’est un havre de paix idéal pour faire une pause spirituelle (ou simplement pour reprendre son souffle).
Les vues fugaces sur le Tage
Entre deux immeubles, dans l’axe de la rue, le fleuve Tage apparaît comme une récompense. La lumière de Lisbonne, cette lumière blanche si particulière, ricoche sur les façades jaunes et roses et vient plonger dans l’eau bleue en contrebas. C’est le spot photo idéal.
Le lien avec l’Elevador do Lavra
Bien qu’il ne soit pas exactement sur la Calçada de Santana, le funiculaire le plus ancien de Lisbonne (l’Elevador do Lavra) est tout proche.
- Notre astuce combinée : Prenez l’Elevador do Lavra pour monter, explorez le jardin du Torel, puis rejoignez le haut de la Calçada de Santana pour redescendre à pied. C’est le circuit parfait pour les flâneurs malins.
Tableau récapitulatif : Calçada de Santana
Pour ceux qui aiment aller à l’essentiel, voici un petit résumé de ce qui vous attend.
| Critère | Évaluation | Commentaire |
| Difficulté physique | Élevée (en montée) | Préparez vos mollets ou faites-le en descendant. |
| Authenticité | 5/5 | Très peu de boutiques de souvenirs, beaucoup de vraie vie. |
| Photogénie | 4/5 | Lumière incroyable, mais rue étroite et parfois sombre. |
| Fréquentation | Modérée | Moins bondé que l’Alfama ou le Bairro Alto. |
| Temps de visite | 30 – 45 min | En prenant le temps de flâner et de faire des photos. |
Où manger et boire un verre ?
L’effort, ça creuse. Heureusement, le quartier regorge de petites pépites. Nous ne parlons pas ici de restaurants gastronomiques étoilés, mais de lieux qui ont une âme.
1. Les « Tascas » traditionnelles
Le long de la Calçada et dans les rues adjacentes, vous trouverez des tascas. Ce sont ces petits bistrots portugais sans prétention, avec des nappes en papier et une télévision allumée dans un coin.
- Quoi commander ? Un bitoque (steak avec œuf à cheval), des sardinhas (en saison) ou un simple prato do dia (plat du jour). C’est frais, c’est pas cher, et c’est bon.
2. Le Topo Martim Moniz (à l’arrivée)
Si vous descendez la rue jusqu’en bas, vous arriverez à Martim Moniz. Là, caché au sommet d’un centre commercial un peu défraîchi, se trouve le Topo. C’est un bar/rooftop avec l’une des plus belles vues sur le château Saint-Georges. Idéal pour un cocktail au coucher du soleil après votre expédition urbaine.
Notre Avis d’Expert
Pour être tout à fait honnêtes avec vous, la Calçada de Santana est l’un de nos endroits préférés pour se « perdre » le dimanche matin. Il y a une quiétude particulière, une sorte de silence habité. On entend les bruits de vaisselle, les conversations lointaines, le chant des canaris dans les cages suspendues aux fenêtres.
C’est une Lisbonne qui résiste. Une Lisbonne qui n’a pas encore tout vendu au tourisme de masse. En vous y promenant, s’il vous plaît, respectez cette vie de quartier. Saluez les petites dames aux fenêtres (un simple « Bom dia » suffit à décrocher un sourire), ne bloquez pas les portes d’entrée pour vos photos Instagram, et vivez l’instant.
En résumé
Si vous cherchez :
- L’histoire royale méconnue
- Un défi sportif gratuit
- Une ambiance de village en plein centre-ville
Alors, la Calçada de Santana est faite pour vous.
Nous espérons que ce guide vous sera utile lors de votre prochain séjour. N’oubliez pas vos baskets, votre appareil photo, et surtout, votre curiosité. À très vite dans les rues de Lisbonne !

