Bienvenue dans ce que nous aimons appeler la « cuisine » de Lisbonne. Vous savez, cette pièce où l’on ne reçoit pas forcément les invités de marque, mais où tout se prépare, où les odeurs se mélangent et où la vraie vie se passe. La place Martim Moniz est exactement cela : un patchwork culturel, une porte d’entrée vers la Mouraria, et le point de départ de l’emblématique Tram 28.
1. L’homme derrière le nom : Un sacrifice sanglant
Pour comprendre pourquoi cette place porte ce nom, il faut remonter le temps, loin, très loin. Nous sommes en 1147. Lisbonne est alors sous domination maure. Le premier roi du Portugal, Afonso Henriques, assiège la ville.
Selon la légende, un chevalier nommé Martim Moniz voit une porte du château de São Jorge s’entrouvrir. Sentant que c’est la chance de sa vie, et de celle de son pays, il se jette littéralement dans l’entrebâillement. Il utilise son propre corps comme une cale humaine pour empêcher les Maures de refermer la porte, permettant ainsi à ses compagnons d’armes de pénétrer dans la forteresse.
Il meurt écrasé, certes, mais il entre dans l’éternité. Aujourd’hui, la place qui porte son nom est, elle aussi, une porte. Une porte qui ne se referme jamais sur ceux qui arrivent d’ailleurs.
2. La métamorphose de 2025 : Vers le « Jardim do Mundo »
On ne va pas se mentir, pendant des décennies, la place Martim Moniz a été critiquée pour sa laideur architecturale. Un immense rectangle de béton, chaud comme un four en été, entouré de centres commerciaux aux façades austères.
Mais en 2025, le vent a tourné. Suite à une forte mobilisation citoyenne, la mairie de Lisbonne a enfin lancé le projet de requalification intitulé « Jardim do Mundo » (Le Jardin du Monde).
Ce qui change pour vous cette année :
- Plus de vert, moins de gris : Le projet prévoit la plantation de dizaines d’arbres, transformant cette dalle minérale en une forêt urbaine.
- Un espace pour tous : Fini les installations temporaires un peu bancales, on voit apparaître des zones de repos, des fontaines et des espaces de jeux.
- Réduction du trafic : La circulation automobile est repensée pour laisser plus de place aux piétons, faisant de la place un véritable lieu de vie et non plus un simple rond-point géant.
Notre avis : C’était nécessaire. Martim Moniz a toujours été le poumon multiculturel de la ville, il lui fallait juste un peu d’oxygène et de chlorophylle pour briller.
3. Une tour de Babel à l’accent portugais
Si vous restez dix minutes assis sur un banc à Martim Moniz, vous entendrez parler mandarin, hindou, ourdou, wolof et, bien sûr, portugais. C’est ici que bat le cœur de la communauté immigrée de Lisbonne.
C’est une métaphore vivante du Portugal moderne : un pays qui a découvert le monde par la mer et qui, aujourd’hui, accueille le monde sur ses places. Vous y trouverez des magasins de tissus indiens, des épiceries chinoises où l’on trouve des produits introuvables ailleurs, et des salons de thé où le « chai » est roi.
4. Guide gastronomique : Un tour du monde en 80 bouchées
À Martim Moniz, vos papilles vont voyager plus que votre pass Navigo. Voici nos recommandations pour une expérience authentique :
- Les centres commerciaux (Centro Comercial da Mouraria & Martim Moniz) : Ne vous fiez pas à leur aspect un peu défraîchi. À l’intérieur, au dernier étage ou dans les coins cachés, se trouvent des cantines clandestines (ou presque) où l’on mange le meilleur canard laqué ou les samossas les plus croustillants de la ville pour moins de 10€.
- Le Rooftop TOPO : Situé au 6ème étage du centre commercial Martim Moniz. C’est notre coup de cœur pour prendre de la hauteur. La vue sur le château de São Jorge est absolument imprenable. C’est le contraste parfait : un cocktail sophistiqué à la main, surplombant le chaos joyeux de la place en bas.
- Zé da Mouraria : À deux pas de la place, dans une ruelle adjacente. C’est une institution. Attention, les portions sont gargantuesques (un plat pour deux suffit amplement). C’est bruyant, c’est bon, c’est Lisbonne.
| Établissement | Spécialité | Budget | Pourquoi on aime ? |
| TOPO | Cocktails & Finger Food | €€€ | La vue époustouflante sur le château. |
| Canton Food | Cuisine Chinoise | € | L’authenticité pure, sans fioritures. |
| Zé da Mouraria | Morue (Bacalhau) | €€ | La tradition portugaise dans toute sa générosité. |
| Bangladesh Corner | Curry & Naan | € | Des saveurs explosives à prix mini. |
5. Le Tram 28 : Le départ de la montagne russe
C’est ici que tout commence. Le célèbre Tramway 28, celui qui grimpe aux arbres et frôle les murs, a son terminus (et son point de départ) sur la place Martim Moniz.
Nos conseils de survie pour le 28 :
- Arrivez tôt : En 2025, la file d’attente ne désemplit pas. Si vous n’êtes pas là à 8h00, préparez-vous à attendre 45 minutes.
- Attention aux pickpockets : On ne le dira jamais assez. Cette ligne est leur terrain de jeu favori. Gardez vos sacs devant vous, comme si vous protégiez un trésor national.
- Achetez vos billets à l’avance : Utilisez votre carte Navegante chargée, cela vous coûtera bien moins cher que de payer le ticket à bord (qui est passé à plus de 3€).
6. Sécurité et ambiance : Le vrai du faux
On entend parfois que Martim Moniz est un quartier « sensible ». Soyons clairs : c’est un quartier populaire.
La journée, c’est parfaitement sûr. C’est animé, familial et vibrant. La nuit, comme dans toutes les grandes places de centres-villes européens, l’ambiance peut devenir un peu plus sombre avec quelques individus qui traînent. Mais nous n’avons jamais ressenti d’insécurité réelle. Faites simplement preuve de bon sens, restez sur les artères éclairées et ne vous laissez pas impressionner par le mélange social. C’est ce mélange qui fait la richesse de Lisbonne.
7. Les infos essentielles à retenir
- Accès : Métro Ligne Verte (Station Martim Moniz). C’est ultra simple.
- À voir absolument : La statue de Martim Moniz et les azulejos modernes dans la station de métro qui racontent le siège de 1147.
- Le meilleur moment : En fin d’après-midi, quand la lumière dorée de Lisbonne vient frapper les murs de la Mouraria et que la place s’anime pour l’apéro.
- Proximité : Vous êtes à 5 minutes à pied de la place Rossio et à 10 minutes de l’Intendente.
Conclusion : Notre avis d’experts
Pour nous, faire l’impasse sur Martim Moniz, c’est ne voir que la moitié de Lisbonne. C’est ici que la ville montre son vrai visage : celui d’une cité millénaire qui n’a pas peur de l’avenir ni des autres. En 2025, avec les nouveaux aménagements paysagers, la place devient enfin un lieu où l’on a envie de rester, et plus seulement un lieu de passage.
Alors, vous êtes prêts à plonger dans le grand bain de la multiculturalité ? On vous attend là-bas, un verre de Ginja à la main ou un curry bien relevé devant nous !

