Madère. Rien que ce nom évoque déjà le parfum des fleurs exotiques et le bruit fracassant de l’Atlantique contre les falaises. Surnommée la « Perle de l’Atlantique » ou le « Jardin flottant », cette île portugaise est bien plus qu’une escale pour navires de croisière. C’est un terrain de jeu grandeur nature, sauvage, indomptable, et pourtant si accueillant.
Chez Vivre à Lisbonne, nous avons troqué, le temps d’une semaine, les tramways jaunes de la capitale pour les routes sinueuses de cet archipel volcanique. Et laissez-nous vous dire une chose : vous n’êtes pas prêts pour ce que vous allez voir. Si Winston Churchill a choisi ce lieu pour peindre ses toiles dans les années 50, ce n’est pas un hasard. La lumière y est unique.
Vous prévoyez d’y passer une semaine ? C’est le timing parfait. Ni trop court pour courir, ni trop long pour s’ennuyer (ce qui est, de toute façon, impossible). Voici notre itinéraire clé en main, testé et approuvé, pour explorer Madère sans en perdre une miette.
Avant de partir : La logistique (ce qu’on ne vous dit pas toujours)
Avant de vous lancer sur les sentiers, mettons quelques points au clair. Madère, c’est de la montagne posée sur l’océan.
🚗 La location de voiture : Non négociable
Ne nous voilons pas la face, visiter Madère en bus, c’est comme manger une Pastel de Nata sans cannelle : il manque l’essentiel. Louez une voiture. Mais attention, ne prenez pas le modèle le moins cher avec un moteur anémique. Les côtes ici sont vertigineuses. Vous aurez besoin de couple sous le capot pour grimper les rues à 30% d’inclinaison à Funchal.
Notre avis : Prenez une assurance complète. Les routes sont étroites et les chutes de pierres, bien que rares, arrivent.
🌤️ La météo bipolaire
À Madère, vous pouvez vivre les quatre saisons en une journée. Il peut faire un grand soleil à Ponta do Sol et pleuvoir des cordes à Porto Moniz une heure plus tard.
Le conseil d’expert : Utilisez les webcams en direct (l’application Madeira-Web est top) avant de vous déplacer. Si le nord est bouché, filez au sud.
Votre Itinéraire : 7 Jours d’Aventure
Nous avons conçu cet itinéraire pour minimiser les temps de trajet tout en maximisant la diversité des paysages.
Jour 1 : Funchal, l’acclimatation en douceur
Atterrir à l’aéroport Cristiano Ronaldo (une expérience en soi avec sa piste sur pilotis) donne le ton. Pour cette première journée, imprégnez-vous de la capitale.
- Matin : Direction le Mercado dos Lavradores. C’est une explosion de couleurs. Attention cependant : c’est très touristique. Admirez les étals de fruits exotiques (maracujas de toutes sortes, monstera deliciosa), mais ne les achetez pas ici, les prix sont souvent gonflés pour les touristes. Achetez vos fruits dans les petites frutarias de rue.
- Midi : Déjeunez dans la vieille ville (Zona Velha). Goûtez au Bolo do Caco, ce pain à la patate douce tartiné de beurre à l’ail. C’est addictif.
- Après-midi : Prenez le téléphérique pour Monte. Là-haut, le Jardin Tropical Monte Palace est un incontournable. C’est un mélange de jardin japonais et de flore madérienne. Pour redescendre ? Oubliez le téléphérique. Empruntez les fameux Carreiros do Monte, ces traîneaux en osier guidés par des hommes en blanc. C’est kitsch, c’est touristique, mais c’est hilarant et historique (on l’a fait, on a crié, on a adoré).
Jour 2 : L’Ouest vertigineux et les piscines de lave
On récupère la voiture, et on file vers l’Ouest.
- Câmara de Lobos : Ce petit port de pêche est charmant avec ses barques colorées, les Xavelhas. C’est ici que l’on boit la meilleure Poncha (cocktail local à base de rhum de canne à sucre, miel et citron). Notre avis : Allez-y le soir pour l’ambiance, mais faites un arrêt photo le matin.
- Cabo Girão : Une plateforme de verre suspendue à 580 mètres au-dessus de la mer. On a l’impression de marcher dans le vide. Âmes sensibles, s’abstenir, mais la vue sur les parcelles cultivées en contrebas est époustouflante.
- Ponta do Sol : Comme son nom l’indique, c’est le point le plus ensoleillé. Parfait pour une pause café face à l’océan.
Jour 3 : Le Nord mystique et la forêt primaire
Aujourd’hui, on change d’ambiance. On passe de l’été tropical à l’Écosse brumeuse.
- Fanal : C’est notre coup de cœur absolu. Une forêt de laurisilva (classée à l’UNESCO) où des arbres centenaires tordus par le vent émergent souvent d’un brouillard épais. On se croirait dans un décor de film fantastique. Les vaches y paissent paisiblement. Promenez-vous sans but, l’atmosphère y est magique.
- Porto Moniz : Après la fraîcheur de Fanal, direction la baignade. Les piscines naturelles formées par la lave volcanique sont spectaculaires. Les vagues de l’Atlantique viennent s’y briser, renouvelant l’eau en permanence. Conseil : Évitez les piscines « aménagées » et payantes, préférez celles un peu plus sauvages juste à côté (Cachalote), souvent gratuites et moins bondées.
Jour 4 : Le toit de l’île (Randonnée épique)
Sortez les chaussures de rando. C’est le grand jour.
- Pico do Arieiro au Pico Ruivo : C’est LA randonnée reine (PR1). Elle relie les deux sommets les plus hauts de l’île. Vous marcherez au-dessus des nuages. Les paysages sont lunaires, déchiquetés, grandioses.
- Difficulté : Difficile. Beaucoup d’escaliers (on les appelle les « escaliers de la mort » pour rire, mais vos mollets ne riront pas).
- Stratégie : Arrivez au parking du Pico do Arieiro avant le lever du soleil (vers 6h30-7h). Le parking est petit et le lever de soleil y est l’un des plus beaux d’Europe. Prévoyez de l’eau et une lampe frontale pour le départ.
Jour 5 : La queue du Dragon (Est)
Après l’effort d’hier, on change totalement de décor. Direction la pointe Est.
- Ponta de São Lourenço : Ici, plus d’arbres. C’est une presqu’île aride, ocre et rouge, qui s’avance dans la mer comme la queue d’un dragon. Le contraste avec le reste de l’île verte est saisissant. Le vent y souffle fort, décoiffant. La balade (PR8) est magnifique et offre des vues sur les deux versants de l’île.
- Machico : Au retour, arrêtez-vous à Machico pour profiter de sa plage de sable doré (importé du Maroc, petite tricherie locale, mais on leur pardonne).
Jour 6 : Levadas et Traditions
Impossible de quitter Madère sans faire une « Levada », ces canaux d’irrigation qui quadrillent l’île.
- Levada do Caldeirão Verde (PR9) : Une immersion totale dans la jungle verte. C’est plat, mais vertigineux par endroits. Vous passerez par des tunnels (frontale obligatoire !) pour arriver à une cascade immense. C’est humide, ça sent la fougère et la terre mouillée. On adore.
- Santana : C’est le village carte postale avec ses maisons triangulaires aux toits de chaume (Casas de Colmo). Honnêtement ? C’est très petit et très touristique. Allez-y pour la photo, mais ne vous attendez pas à un village entier, il n’y a que quelques maisons préservées près de la mairie.
Jour 7 : Détente et « Adeus »
Pour ce dernier jour, ne surchargez pas le programme. Profitez.
- Sortie en mer : Depuis la marina de Funchal, prenez un catamaran pour aller voir les dauphins et les baleines. Les chances d’en voir sont très élevées. Voir ces animaux en liberté avec l’île en toile de fond est un moment de grâce.
- Dernier coucher de soleil : Montez au Pico dos Barcelos pour une vue panoramique sur la baie de Funchal qui s’illumine.
🎒 L’Indispensable dans la valise
Madère ne pardonne pas les oublis vestimentaires. Voici votre check-list survie :
| Élément | Pourquoi ? |
| K-way / Coupe-vent | Indispensable, même en été. Le vent en altitude est froid. |
| Chaussures de rando | Les sentiers sont rocailleux et souvent boueux. Oubliez les tongs. |
| Frontale | Pour les tunnels des levadas et les départs avant l’aube. |
| Maillot de bain | Pour les piscines naturelles ou les cascades. |
| Crème solaire | Le soleil tape fort, même quand il y a du vent. |
🍽️ Le coin gourmand : Manger comme un local
On ne va pas se mentir, la gastronomie fait partie du voyage. À Madère, c’est généreux et rustique.
- Espetada : Des morceaux de bœuf frottés à l’ail et au laurier, grillés sur des brochettes en bois de laurier. Ça se mange souvent avec du maïs frit (milho frito). Une tuerie.
- Filete de Espada com Banana : Du poisson sabre noir (très moche vivant, délicieux cuit) servi avec… de la banane frite. Le mélange sucré-salé peut surprendre, mais c’est l’identité culinaire de l’île.
- Brisa Maracuja : Le soda local au fruit de la passion. Oubliez le Coca, buvez local.
Le bilan financier (Estimatif pour 2 personnes)
Pour vous donner une idée du budget, voici une estimation moyenne pour une semaine confortable (hors vols) :
- Hébergement (Airbnb/Hôtel milieu de gamme) : 600€ – 800€
- Location de voiture + Essence : 300€ – 450€ (réservez tôt !)
- Nourriture & Restos : 350€ – 500€
- Activités : 150€
Madère reste une destination abordable par rapport à d’autres îles européennes, mais les prix grimpent vite en haute saison.
Le mot de la fin
Madère, c’est une île qui vous prend aux tripes. C’est physique, c’est beau, c’est brut. Vous allez rentrer avec des courbatures aux jambes, mais des images plein la tête.
Si vous hésitez encore, n’hésitez plus. Et si vous croisez un local, n’oubliez pas le mot magique : « Obrigado » (merci). Madère a cette capacité unique de vous faire sentir minuscule face à la nature, et c’est exactement pour ça qu’on l’aime tant.
Alors, vous faites vos valises ?

